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PPDA : « Je vis le champagne comme un moment délicieux »

par / 4 janvier 2018 Non classé No Comments

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Patrick Poivre d’Arvor a une histoire particulière avec le et la Champagne. Né à Reims il y a près de 70 ans, l’ancien présentateur du 20 heures n’a jamais caché son intérêt pour le vin en général et pour le champagne en particulier. L’écrivain partage avec son amie Amélie Nothomb une sorte de fascination pour le divin nectar. 

Vous souvenez-vous de votre première coupe ?

Je ne m’en souviens pas mais je sais que ma première goutte de champagne était à l’âge de deux mois pour mon baptême. Mes parents me l’ont raconté. C’était dans la cathédrale de Reims. Cette goutte de champagne a été versée dans l’eau bénite.

Quel est votre premier souvenir avec le champagne ?

Il s’agit d’un souvenir de déjeuner du dimanche. J’étais, à cette époque, dans une famille assez désargentée. Nous vivions dans un quartier populaire de Reims. Et le dimanche, il y avait toujours le rituel du champagne à midi. C’était à l’apéritif avec des boudoirs, ce qui ne me plaisait qu’à moitié, ou avec des biscuits roses que j’adorais infiniment. J’ai d’ailleurs écrit beaucoup plus tard une préface pour les établissements de Reims qui fabriquent ces fameux biscuits roses. Pour moi, c’est la Madeleine de Proust.

Officiellement, à quel âge avez-vous eu le droit de boire du champagne ?

Je ne sais pas. La première fois a en tout cas été un de ces fameux dimanches. On m’en a donné à boire et j’ai aimé.

Associez-vous le champagne à l’idée de fête ?

Au départ, j’associais plutôt le champagne à la famille. Après, cela est devenu de façon évidente une boisson plus festive. Lorsque quelque chose d’heureux arrive, tout de suite on a envie de dire : Champagne ! Et c’est un mot qui est entré dans la langue française.

Pour vous, le champagne est plus festif ou gastronomique ?

Je vis le champagne comme un moment délicieux, comme une bulle dans tous les sens du terme. C’est une bulle dans laquelle on entre. On est légèrement gai mais pas d’avantage. Je n’ai pas de souvenir de « cuite » au champagne…

« Un grand champagne c’est un champagne qui a de la classe »

Où vont vos préférences ? Brut, millésimé, non dosé ou rosé ?

Au départ je ne savais pas trop, évidemment. Puis j’ai appris. Les préférences se révèlent souvent en fonction des moments. Je dois dire que j’aime beaucoup les Comtes de Champagne de Taittinger. De façon plus rare j’apprécie également les Krug ou les Bollinger. Ce sont des champagnes un peu typés qui me changent et me rendent heureux. Je bois régulièrement du Ruinart. Je suis un amateur de Rosés comme celui de Billecart-Salmon. J’ai découvert tout récemment un champagne de vignerons que j’aime beaucoup : Vincent d’Astrée. Ils font un Rosé de saignée qui me plait énormément. J’en suis fan.

Certains mettent des glaçons dans le champagne. Qu’est-ce que cela vous évoque ?

Au début, je trouvais cela d’une vulgarité absolue. Et puis j’ai vu, notamment dans le sud, que lorsqu’il faisait chaud, que les gens en mettaient. Au fond, mieux vaut un champagne hélas un peu dilué à l’eau qu’un champagne chaud ou tiède. J’accepte donc cette horreur gastronomique. De la même manière, j’ai accepté de mettre une liqueur (cassis, mûre ou pêche) dans le champagne.

Quelle est votre définition d’un grand champagne ?

Il faut d’abord que la bouteille soit belle. Il faut ensuite que l’histoire soit belle. J’aime bien le champagne dans une jolie histoire. Un grand champagne doit rester longtemps en bouche.

Il faut sans doute le déguster en bonne compagnie ?

C’est l’idéal, le champagne, pour entrer dans une bulle amoureuse.

Avez-vous des souvenirs de grandes fêtes avec du champagne ?

J’ai un souvenir, à peine racontable. J’étais cette fois-là à la limite d’une certaine ivresse. Je devais avoir 16 ans. C’était chez Lanson. Le propriétaire des lieux de l’époque est venu à moi très gentiment et m’a donné un conseil important. Il m’a recommandé de boire toujours un verre d’eau après deux coupes et avant de recommencer à en boire. Une petite gymnastique qu’il me conseillait tout en me disant de ne jamais oublier « d’aller régulièrement pisser »… Je suis aujourd’hui ce vieux conseil. Le champagne est diurétique et favorise la circulation naturelle.

« On entre dans le royaume du merveilleux avec le champagne »

Si vous deviez choisir entre un Cheval-Blanc et un Dom Pérignon ?

Terrible dilemme. Comme pour le champagne, j’ai une passion pour les vins rouges de Bordeaux.

« Le champagne aide à l’émerveillement », a écrit George Sand. Partagez-vous ce sentiment ?

Totalement. On entre dans le royaume du merveilleux avec le champagne. Lorsque l’on n’est pas très en forme ou pas sûr de soi, le champagne permet de se remettre.

Pour Amélie Nothomb, « il y a un réconfort que seul le grand champagne procure ». Votre avis ?

Je suis tout à fait d’accord. Amélie a toujours très bien parlé du champagne. C’est une amie proche et nous nous voyons environ tous les deux mois pour un comité d’auteurs. Evidemment à la fin de ces réunions nous buvons du champagne tous les deux.

Les vignerons, sont-ils les véritables maîtres du temps ?

D’une certaine façon, oui. Quand on regarde certains pieds de vigne, on ne sait pas de quand ils datent. Ils datent souvent de nos parents, parfois de nos grands-parents. C’est beau cet ancrage profond dans la terre.

Y a-t-il quelque chose de divin dans l’art du champagne ?

Oui je le pense. Quelque chose de divin, de merveilleux. On est dans un monde à part. je suis très heureux d’être né sur cette terre où a été créé ce formidable breuvage.

Au-delà du vin, vous avez pris position en faveur de l’inscription de la Champagne au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco. Pourquoi cet engagement ?

J’ai beaucoup milité pour cette grande cause… J’ai travaillé avec les avocats sur ce dossier. La douceur des coteaux de champagne est à voir, c’est magnifique. Ce classement est effectivement très important, notamment en matière de retombées économiques.

 

Entretien : Jean-Baptiste Duteurtre

Photo : Michel Jolyot

 

 

 

Jean-Baptiste Duteurtre

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