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Laurent Fédou : l’alchimiste de Canard-Duchêne

par / 25 août 2017 Non classé No Comments

Plus proche collaborateur d’Alain Thiénot, le fondateur du groupe éponyme, Laurent Fédou est depuis près de 15 ans l’homme des vins de la maison Canard-Duchêne à Ludes. Portrait d’un passionné passionnant.


Laurent Fédou aurait pu rester enseignant, métier qu’il a exercé durant deux ans au Tchad. Il aurait aussi pu devenir ingénieur, une sorte de Géo Trouvetout. Il songea également à embrasser une carrière dans le domaine de la Justice. Mais, en novembre 1985, une rencontre allait ancrer son destin dans l’univers du vin.

« J’étais alors œnologue-conseil pour une coopérative du Var. Un cabinet de recrutement m’a proposé de rencontrer Alain Thiénot. Nous nous sommes vus un vendredi soir. Le lendemain, j’avais une proposition d’embauche pour débuter dès le milieu de semaine suivante. » Et voilà comment ce titulaire du diplôme d’œnologue décroché à Reims revint dans la Marne. « Je connaissais déjà le monde du champagne pour avoir, à l’issue de mes études, travaillé un an au laboratoire de recherche de Moët & Chandon. »

Originaire de l’Ariège, Laurent Fédou est donc, depuis plus de trente ans, le plus proche collaborateur de l’ancien courtier devenu patron de maison. « Lorsque nous avons commencé avec Alain Thiénot, nous étions cinq au total. Nous faisions un peu tout. Il fallait surtout donner un style à cette nouvelle marque. » 1985 sera son premier millésime, « très marqué pinot noir ».

Dix ans plus tard viendront les rachats de Marie Stuart puis de Joseph Perrier et, en 2002, de Canard-Duchêne. Depuis, tout en conservant un rôle de conseiller pour la marque Thiénot, Laurent Fédou veille plus particulièrement sur la maison de Ludes, créée en 1868 et commercialisant plus de quatre millions de bouteilles par an.

« Le travail a été particulièrement intéressant car Canard-Duchêne était dans un piteux état. J’ai commencé par réunir les anciens chefs de cave afin de redéfinir le style des vins. Petit à petit, nous avons réveillé cette belle endormie. Mon rôle a été de souffler sur les cendres afin de redonner de la vie. »

Toute l’année en cave

La vie, Laurent Fédou en connaît la valeur. À 55 ans, il a traversé des moments particulièrement difficiles à cause de plusieurs accidents. En 1994, le plus important lui occasionne des brûlures au troisième degré sur plusieurs parties du corps. « Cela m’a valu deux années entre hôpitaux et bureau. Cette période m’a permis de relativiser certaines choses et de davantage profiter du quotidien. » Et d’ajouter avec un large sourire : « J’ai pris pour habitude de dire qu’avec toutes mes greffes, je suis un peu Bionic Man ! »

Très apprécié de l’ensemble de la profession champenoise, Laurent Fédou ne se reconnaît guère dans la nouvelle génération « d’œno-communiquants ».

« Pour élaborer mes vins, j’ai besoin d’être dans ma cave toute l’année. Je n’ai toujours pas compris la science de l’assemblage. Il y a des moments de lucidité sensorielle mais il faut absolument travailler et déguster chaque jour. »

Le chef de cave a initié ses cinq enfants à cette approche sensorielle. Grâce à des exercices de découverte des odeurs dans le jardin familial, il leur a transmis « un sens aigu de la dégustation ».Toutefois, aucun d’eux n’envisage de suivre le chemin paternel. Pour l’heure…

Jean-Baptiste Duteurtre

Jean-Baptiste Duteurtre

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