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Lanson dévoile son clos

par / 22 décembre 2016 Non classé No Comments

Scoop, le tout premier millésime du clos Lanson, 2006, vient d’être commercialisé. Il est enfin possible de le déguster. Mais quel est son style et que donnera-t-il ?

Les clos sont plutôt rares en Champagne. Ils ne sont que 31 à être répertoriés (lire notre dossier à ce sujet). Pourtant, les clos étaient largement présents chez les moines qui aimaient protéger leurs terres et individualiser leurs productions, surtout lorsqu’elles avaient une forte personnalité. Ils ont largement disparu sous les coups de boutoir de la révolution et surtout du système de commercialisation en champagne qui mélange anonymement les diverses sources d’approvisionnement.

C’était d’ailleurs le cas du Clos Lanson, situé en plein dans le quartier « Lanson », qui a toujours été vinifié à part mais partait ensuite rejoindre la cohorte des approvisionnements du Black Label. Il ne doit son existence qu’à l’œil exercé de Philippe Baijot qui en a décelé une véritable pépite et qui dès son arrivée en 2006, l’a fait séparer.

Le Clos Lanson est un vignoble urbain, à quelques pas de la cathédrale de Reims. Sa surface est d’un hectare seulement, planté en chardonnay. Les premières plantations remontent aux années soixante, mais des documents attestent que le clos était déjà planté au 18e siècle. Une deuxième partie a été replantée en 1985, après le terrible gel qui a décimé la Champagne.

Grâce à l’effet clos, les récoltes sont plutôt précoces. Contrairement à l’ensemble de la production qui est vinifiée en cuves inox, le vin du clos est vinifié en foudres de chêne dont les bois proviennent de la  forêt d’Argonne.

Le terroir est constitué de craie, plus précisément de la craie de Courlancy issue du crétacé supérieur, un craie relativement tendre qui a permis de creuser les magnifiques caves de grandes marques situées à Reims. Cette craie sensible aux pollutions de surface donne de la vivacité au chardonnay, ce qui n’est pas pour peu dans la définition du style du clos.

Si le seul millésime commercialisé aujourd’hui est le 2006 (7860 bouteilles), nous avons eu la chance de pouvoir déguster l’ensemble des vins et champagnes produits dans le Clos, du vin « clair » de 2015 aux cuvées en vieillissement de 2014 à 2007, puis enfin le 2006 qui vient d’arriver sur le marché.

Passionnante, cette dégustation verticale permet de définir les contours de cette cuvée qui est encore dans sa tendre enfance. Première constatation, le boisé s’intègre bien et n’apparait que rarement comme en 2008 qui ne sera commercialisé que dans deux ans.

Dans les grands millésimes, ce grand blanc de blanc devient complexe et raffiné dans un style totalement à part, loin des grands crus de la côte des blancs bien évidemment. Il ne ressemble pas non plus aux grands blancs de blancs de la Montagne de Reims dont il n’existe aujourd’hui que peu d’exemples comme à Sillery par exemple.

Un grand vin se juge dans les millésimes plus difficiles qui, d’ailleurs, ne sont en général pas millésimés. Prenez l’exemple de 2013 qui ne sera commercialisé que dans quelques années et que, probablement, peu de marques millésimeront : aujourd’hui, il est de demi-corps ce qui est normal, mais raffiné, élégant, avec de délicats arômes de menthol. Ce même menthol se retrouvera dans le 2011. On en saura un peu plus avec la sortie du 2007 prévue l’année prochaine.

Dès aujourd’hui, le millésime 2007 est intense, superbe de finesse et de classe. Il reflète parfaitement son substrat calcaire et démontre que le Clos Lanson possède une très belle personnalité, très attachante. Le début d’une grande histoire.

Par ailleurs, la légendaire marque Lanson, fondée en 1760, qui a subi un traumatisme après la perte de son vignoble, un de plus beaux de la Champagne, s’est bien remise de ce choc. Rappelons que Lanson a été racheté par LVMH en 1991 qui, selon sa technique habituelle, a gardé le vignoble avant de revendre la marque, le stock et les actifs industriels et immobiliers trois mois plus tard. Le vignoble faisait à l’époque 210 ha répartis dans les meilleurs crus de la Champagne

Le plus bel exemple de ce rétablissement est le Black Label qui est l’étendard de la maison. Les approvisionnements ont été reconstitués, les vins de réserve ont été conservés avec patience. Le nouveau chef de cave Hervé Dantan qui a remplacé Jean-Paul Gendron parti à la retraite, a apporté sa maîtrise technique. Preuve de la reconstitution des approvisionnements, le Black Label est constitué à 50% de premiers et grands crus.

La maison s’est longtemps distinguée en n’effectuant pas la fermentation malolactique, ce qui donnait des champagnes vifs, mais la vivacité était compensée par des vins de réserve et un vieillissement sur lattes plus long en cave. Hervé Dantan est moins dogmatique sur le sujet, mais il préserve le fameux style maison.

Si au début des années 90, Lanson avait eu quelques difficultés à retrouver son style, ce qui est bien normal, vingt-cinq ans plus tard, la maison a non pas retrouvé son style, mais défini un vrai style, un style fait de puissance mâtinée de fraîcheur. Le Clos Lanson est le symbole de ce retour au plus haut niveau.

Bernard Burtschy

Jean-Baptiste Duteurtre

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