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Juliette Gréco : « Les Champenois sont fiers de ce qu’ils font. Il y a de quoi ! »

par / 27 août 2017 Non classé No Comments

Son inclination légendaire pour l’indépendance et pour la liberté a sans doute, au moins de temps en temps, trouvé une résonance dans ces vins de Champagne que Juliette Gréco apprécie de partager. Des bulles propices à l’élévation de l’âme et qui ont porté, rythmé, accompagné toutes ces années.

– Vous rappelez-vous votre toute première flûte ?

Il faut que je remonte en arrière… La première fois que j’ai bu du champagne ? Ouais. Ouais ! C’était avec Jean-Pierre Wimille, j’avais dix-huit ans.

– Wimille était pilote. Fêtiez-vous une victoire ?

Non, nous fêtions la vie. C’était mon tout premier amour. Et je l’ai perdu vite. J’avais dix-neuf ans.

– Votre dernière flûte ?

Je ne sais pas, c’est le plus souvent possible : j’adore ça ! Mais il faut que le champagne soit très bon. Très, très bon. Il faut donc qu’il soit très cher, malheureusement.

– Dom Pérignon ?

Eh bien, oui. Quand j’étais mariée avec Michel Piccoli, il avait un très bon copain qui faisait partie d’une grande famille du champagne. Peut-être Roederer ? Je ne me souviens pas. C’était une maison immense, en tout cas. Et ça, j’aimais beaucoup. Mais Dom Pérignon, oui, c’est génial. Tiens, cela fait très longtemps que je n’en ai pas bu. Il y en a un autre que j’affectionne : la cuvée Demoiselles de Vranken. Ce vin est délicieux.

– Qu’aimez-vous tant dans le champagne ?

En dehors du fait que c’est bon – quand c’est très bon, je crois que j’aime l’idée de fête. De luxe. D’événement. On ne boit pas du champagne comme ça, pour rien. Je n’aime même pas beaucoup le champagne la nuit. Moi, je l’aime au soleil, à midi. Ou le soir, oui, après avoir travaillé.

– Charles Aznavour ou Pierre Perret ont l’habitude de prendre un ou deux verres de vin avant un tour de chant. Le faites-vous également ?

Oui. Bien sûr. C’est quelque chose que je fais aussi et qui m’apaise. Plutôt que du champagne, je prends du vin blanc. Ce qui, d’ailleurs, ne doit pas me calmer du tout. Mais je crois que cela me calme, et le tout, c’est d’y croire. Ce qui compte, c’est la foi. En plus, c’est « ensemble ». C’est « avec ». Avec les gens que l’on aime. Je ne pourrais pas boire du champagne avec quelqu’un que je n’apprécie pas.

– Le champagne est-il indissociable de l’amour ?

Il est indissociable de l’amitié. Des événements de la vie. La naissance d’un enfant, le mariage de quelqu’un : c’est toujours par rapport à un sentiment. Et c’est cela qui est beau. C’est cela qui fait des bulles.

– Vous aimez cette effervescence ?

J’adore ça. J’adore ça, mais pas en grande quantité. Les gens qui boivent beaucoup, les gens qui se pètent en champagne, cela me surprend. Tout de même, c’est… gazeux ! On ne peut donc pas en boire beaucoup. Raison pour laquelle il faut en boire peu, et très bon.

– Selon la légende, le champagne a été propice à l’éclosion de la chanson La Javanaise

Oui, ce soir-là, nous avons bu du champagne avec Serge [Gainsbourg]. C’est moi qui le lui ai offert. Ce qui était normal, puisqu’il venait dîner à la maison. À cette époque-là, on n’apportait pas du champagne aux dames. Plutôt des fleurs.

– Ou des bonbons ?

Voilà. « Je vous ai apporté des bonbons… » (elle fredonne)

– Avec Jacques Brel ?

Nous avons parfois déjeuné ou dîné, mais nous avons pris assez peu de repas ensemble, finalement. On s’est parlé. Beaucoup.

– Toutes ces rencontres, n’est-ce pas une chance inouïe ?

C’est miraculeux. J’ai vécu une vie miraculeuse. Incroyable, vraiment. Difficile à croire. Pour moi, tout cela était naturel. J’ai connu des gens magnifiques et très, très peu connus. Quand j’ai rencontré Boris Vian, par exemple, c’était avant qu’il n’écrive J’irai cracher sur vos tombes. J’ai connu des gens mondialement connus, inconnus ! Nous sommes devenus célèbres, les uns et les autres, par la suite. Les uns pour de très bonnes raisons, les autres pour d’autres raisons, plus ou moins bonnes. Mais j’ai connu des personnes extraordinaires que j’aurais rêvé de rencontrer. Miles Davis, évidemment. Mais, auparavant, Raymond Queneau, Jacques Prévert, Jean-Paul Sartre. Des poètes et des peintres exceptionnels, comme Picasso. Complètement, absolument magique.

– Vous vous définissez comme une interprète, point. Comme un tableau noir sur lequel on vient écrire. C’est faire peu de cas de votre talent !

Il n’y a pas de quoi en faire un fromage. Je ne me prends pas « pour moi ». Je me prends pour une interprète, bonne. Ça, je suis sûre. Mais il y en a d’autres. Et il y en aura d’autres.

– Que savez-vous de la Champagne ?

Je connais le produit, que j’apprécie au plus haut point. Mais la région, je la connais très mal. La Champagne est un pays plat où l’on passe, mais pour aller ailleurs. Si, je m’y suis arrêtée. Chez Moët & Chandon, où les gens se sont montrés extrêmement courtois et accueillants. Vous me direz qu’ils n’allaient pas me jeter des bouteilles à la tête ! Mais il y a quelque chose de vrai chez les Champenois, et je pense que la chaleur de leur accueil vient de cette certitude qu’ils ont de la qualité de ce qu’ils élaborent. Ils sont sûrs de ce qu’ils vendent. Ils sont fiers de ce qu’ils font. Il y a de quoi ! Comme toutes les régions de France, celle-ci est magique. C’est ce qui fait de la France un si beau pays. Je suis heureuse d’appartenir à ce pays-là.

Propos recueillis par Franck Leclerc

Jean-Baptiste Duteurtre

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