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Julien Launois et le concept du « Fût Unique »

par / 26 janvier 2018 Non classé No Comments

Avoir son propre champagne à son goût, disposer d’une cuvée unique de blanc de blancs grand cru. Voilà le luxe que souhaite offrir Julien Launois dans son exploitation du Mesnil-sur-Oger.

Julien Launois s’est implanté en 2013 dans les anciens locaux de son homonyme Léon Launois, en plein cœur du village du Mesnil-sur-Oger.

« À l’époque, le site avait été conçu pour une exploitation bien plus grande que la nôtre. Les vastes bâtiments offrent de nombreuses ressources et surtout de superbes conditions de travail ! »

Alors que Jean-Pierre, le père de Julien, lui transmet progressivement le vignoble et l’exploitation, le vigneron a décidé de quitter la coopérative du village dans le but de gérer la totalité de processus d’élaboration des vins.

Inventivité

Il s’appuie sur des outils de travail pleins de promesses. Il a conservé l’un des deux pressoirs traditionnels dont étaient équipés les bâtiments, et l’a déplacé, en prenant soin de le doter d’une maie neuve. La cuverie a été entièrement rénovée, et des cuves thermo régulées sont venues compléter le dispositif.

Mais ce lieu offre en plus une installation jamais observée à ce jour. Si le travail des vins en fûts est devenu une option pour bien des vignerons, Julien Launois a voulu que ses tonneaux soient suspendus depuis le plafond par des câbles.

« C’est une sorte de petit défi », explique-t-il. « Outre l’aspect esthétique et la simplification de l’hygiène du sol, il est possible d’envisager une évolution de la structure du vin grâce à un’’ bâtonnage partiel’’ généré par un léger balancement des fûts. Ce n’est qu’une hypothèse pour l’instant et je suis très impatient de déguster les premiers résultats. » À noter que son procédé de support de fûts est en cours de brevet à l’INPI.

Si l’on peut donc déjà qualifier Julien Launois d’inventif, il faut ajouter qu’il aime autant les fûts que l’audace.

« J’ai un jour rencontré Jérôme Viard de la Tonnellerie artisanale de champagne à Cauroy-les-Hermonville, et dès que j’ai abordé le sujet, il a esquissé un sourire heureux. Le principe est simple. Un client me passe commande d’un fût au printemps, il est réalisé ensuite par le tonnelier en fonction d’une chauffe déterminée entre 6 possibilités différentes. Nous gravons son nom sur le contenant qui recevra la première année des vins clairs pour réduire les effets néfastes (environ 3 mois), et lors de la vendange suivante, il sera rempli de chardonnay grand cru. »

Champagne « à façon »

La fermentation alcoolique ainsi que l’élevage du vin seront réalisés dans la pièce de chêne de 180 litres qui produira 216 bouteilles réservées à l’acheteur. Resteront 20 à 30 bouteilles que Julien Launois mettra sur lattes, et qui serviront à alimenter certaines activités organisées avec l’ensemble des acheteurs des fûts, réunis en une sorte de club de dégustation et de gastronomie.

« Bien entendu, comme il s’agira d’un champagne spécialement réalisé pour une personne, celle-ci aura libre accès à son fût, pourra goûter le moût à la vendange. Après la fermentation alcoolique, il sera également possible d’orienter les choses s’il s’agit de quelqu’un de très averti dans le monde du vin. Sinon, à travers une discussion, je cernerai les préférences et les attentes du client qui devra me faire confiance. Tout pourra vraiment être personnifié : élevage sur lie ou non, temps de vieillissement, dosage, etc. »

En cas d’année difficile, le vigneron se réserve le droit d’incorporer des vins de réserve pour assurer une qualité à la hauteur du projet. Dans ce cas, le propriétaire pourra recevoir ses bouteilles deux ans après le tirage. En cas de millésime, il devra attendre 3 ans.

Accroître l’expérience

« Pour ce projet, Jérôme Viard m’a réservé des douelles de 40 à 48 mois séchées à l’air libre qui ont essuyé le soleil et la pluie bien plus longtemps que celles utilisées pour les tonneaux classiques. Travailler avec des fûts neufs fait généralement peur aux vignerons champenois, qui pour la plupart se fournissent en Bourgogne avec des contenants ayant déjà reçu 4 à 5 vins. Moi, ça me stimule ! Cela va me permettre de réaliser de très nombreuses variétés de champagnes de qualité et d’acquérir en peu de temps plus d’expérience. »

Pour l’heure, Julien Launois dispose de 6 fûts représentatifs des chauffes classiques (blonde, légère et forte) avec des variantes intermédiaires.

« En premier, j’ai vendu un tonneau à un ami suédois. Il s’agit d’un jeune entrepreneur un peu touche à tout. Microbrasseur, il envisage après l’élaboration de son champagne, de se servir du fût pour de la bière, voire plus tard pour du whisky. »

À noter que le nombre de fûts est limité à trente par an. Les champagnes issus de ceux réservés avant la vendange 2017 seront commercialisés en bouteilles ou magnums en 2019.

Enfin, sur le plan de la communication, Julien Launois peut s’appuyer sur son goût pour les langues étrangères. Il a passé neuf ans hors de France comme barman et sommelier dans des établissements prestigieux à travers le monde, Irlande, Allemagne, Mexique…

« S’il est vrai que j’adorais déjà les langues au collège, ce sont mes voyages qui m’ont vraiment permis de les maîtriser. »

Une facette de sa personnalité qui lui permettra à n’en pas douter d’accueillir agréablement les touristes au sein de son exploitation.

 

Sasha TERGUEV

Jean-Baptiste Duteurtre

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