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Jean-Pierre Mareigner, l’âme de Gosset

par / 11 septembre 2013 Non classé No Comments

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Depuis trente ans, Jean-Pierre Mareigner officie comme chef de cave pour la maison Gosset. Garant du style de la marque agéenne, il a mis ses pas dans ceux de cette vieille dame dynamique, âgée de plus de quatre cents ans. Homme attachant, il est aujourd’hui une figure du vignoble champenois.

À bien regarder son histoire, à bien étudier son CV, on se rend à l’évidence : Jean-Pierre Mareigner est fait pour la maison Gosset, la plus ancienne maison de vins de la champagne. Le chef de cave, qui vient de vivre sa trente-et-unième vendange champenoise, affiche depuis trois décennies une fidélité sans faille au groupe aujourd’hui dirigé par Jean-Pierre Cointreau. Un long fil rouge qui remonte cinquante-huit ans plus tôt, lorsque Jean-Pierre Mareigner voit le jour à Ay, à quelques pas du siège de la maison Gosset. Le futur vinificateur vivra quinze ans dans le quartier. Le petit Jean-Pierre passait beaucoup de temps dans l’entreprise, la famille Gosset accueillant régulièrement les enfants de ses salariés. Car le père du futur chef de cave travaillait déjà pour la vénérable maison fondée en 1584 par Pierre Gosset, échevin d’Ay.

Tout était écrit… ou presque

La carrière de notre chef de caves semblait toute tracée. Eh bien non ! Jean-Pierre Mareigner a bien failli choisir un autre univers professionnel. « À la fin des années 1970, l’activité économique était assez faible avec de petites récoltes. Après mon service militaire, j’avais travaillé deux ans chez Lanson et je me posais pas mal de questions. J’ai choisi à ce moment-là de me tourner vers l’enseignement et de donner des cours dans la filière vitivinicole aux Riceys. »
Deux années passent, avant une mutation à Gionges. « Là, l’histoire a duré trois ans. Puis, début 1983, j’ai reçu un appel de Paul Varnier, le chef de cave de Gosset. Il me proposait de lui succéder après une période de formation. J’ai réfléchi durant un mois avant d’accepter. J’ai tout de même voulu garder un lien avec l’enseignement, notamment comme examinateur de tailles au sein de la corporation des vignerons. »
Voici tout juste trente ans, Jean-Pierre Mareigner faisait donc ses premiers pas « professionnels » chez Gosset. « Cette année-là, le tirage avait été de 153 000 bouteilles Nous sommes aujourd’hui entre 1 et 1,5 million de cols annuels », précise le chef de cave, avec un brin de fierté. Et d’évoquer l’évolution de la profession au cours des trois dernières décennies : « La Champagne est montée en gamme dans la culture de la vigne comme dans la vinification. Nous sommes passés d’un souci de rendement à un souci de qualité. »
L’heure est donc à regarder dans le rétroviseur. « Franchement, je crois que je n’aurais pas pu devenir chef de cave dans une grande maison. Je suis très attaché à l’ambiance familiale et j’apprécie le fait de connaître tous les collaborateurs de l’entreprise. Je suis vraiment à mon aise chez Gosset. »
Jean-Pierre Mareigner aime également la perpétuelle remise en question inhérente à son travail. « Ce métier est extrêmement varié. Une nouvelle vendange a lieu chaque année et c’est un nouveau bébé, toujours différent. »

« Le millésime, une photographie de l’année »

En trente ans de maison, le chef de cave a connu quatre dirigeants : Albert Gosset, Antoine Gosset, Béatrice Cointreau et Jean-Pierre Cointreau. « Ce sont des personnalités différentes mais tous m’ont fait confiance et m’ont laissé travailler sur la réalisation des vins. Ici, on ne fait pas du champagne mais du vin de Champagne avec une véritable identité. Ce n’est pas que de la bulle. Je n’ai jamais eu de pression et j’ai même pu oser des choses. » Ainsi est née la cuvée Célébris aujourd’hui fleuron d’une entreprise dont le siège se trouve toujours à Ay tandis que le site de production est installé dans l’ancien château Malakoff à Épernay.
« La première fois, je me suis amusé en réalisant une cuvée de 20 000 bouteilles. Un essai avec la vendange 88. C’est devenu aujourd’hui une cuvée très haut de gamme… » Peut-être est-ce de cette expérience qu’il a tiré sa phrase fétiche destinée aux gens du marketing : « Je fais le bon, tu fais le beau. »
Présent à son bureau tous les matins dès 7 heures, notre homme est, vous l’aurez compris, un passionné. « Je pense que le vin ne se fait pas lors des vendanges mais bien avant grâce au travail des viticulteurs. Le moment que je préfère est celui des assemblages. Je me mets au calme et je fais des essais, seul. Au départ, je ne regarde pas la provenance des raisins, afin de me faire un avis sans a priori. J’ai en effet quelques secteurs fétiches comme Ay et sa région. Une fois que j’ai atteint ce que je souhaite, je présente mon travail à Jean-Pierre Cointreau et au comité de dégustation de la maison. J’aime mettre en avant les caractéristiques de l’année, travailler sur la finesse et l’élégance. Un sans année est le reflet du style de la maison, et le millésime, une photographie de l’année. » Et côté photos, le chef de caves est fin connaisseur, lui le passionné de clichés qui passe toutes ses vacances un appareil à la main. « J’ai aussi été un peu musicien, saxophoniste à mes heures perdues… » La famille, avec son épouse Sylvie, sa fille Agathe (diplômée d’école de commerce) et sa petite-fille Rose , constitue aussi un refuge pour le chef de cave.
C’est ainsi que Jean-Pierre Mareigner  a trouvé son équilibre, à l’instar de celui qu’il offre chaque année à ses cuvées.

 

Jean-Baptiste Duteurtre

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