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Erick De Sousa : la biodynamie sublime ses cuvées

par / 23 mars 2016 Non classé No Comments

Pour Erick De Sousa, le sol et la plante sont devenus des instruments de création. Adepte de la biodynamie, ce vigneron, libre et tranquille, élabore des cuvées comme un peintre réalise ses toiles. Avant-gardiste sans être abstrait.

Il est considéré comme l’un des pionniers de la biodynamie. Avec énergie, persévérance, sérénité, Erick De Sousa n’a pas dévié d’un iota le chemin tracé depuis trois générations. Son histoire est exceptionnelle. Celle d’un aïeul originaire de Burgo, dans l’arrière-pays de Porto, appelé sous le drapeau portugais pour aller combattre sur les champs de bataille de Verdun et de la Somme. Blessé, Manuel De Sousa suit sa convalescence à Avize puis trouve du travail grâce à un compagnon d’armes natif du village. Père de quatre enfants, il décédera quelques années plus tard, à l’âge de 29 ans, des suites d’une intoxication au gaz moutarde.

Ainsi commence l’aventure de la famille De Sousa dont Erick parle avec pudeur et discrétion. Les aléas de la vie ont développé son sens de la retenue, son respect des autres et sa passion contagieuse pour ce terroir qui a accueilli les siens.

Aujourd’hui, il se plaît surtout à évoquer ses méthodes culturales, ses choix de vinification, son amour pour les champagnes élégants et novateurs dans un secteur, la côte des Blancs, béni des dieux. C’est son père, Antoine, qui a fondé le domaine d’Avize, avec une clientèle particulière démarchée dans le magazine Le Chasseur français et avec trois clients à l’export.

Lorsqu’Erick reprend l’exploitation, il décide de tirer le meilleur parti des vieilles vignes et met en place une politique de parcellisation pour exprimer la diversité des terroirs et élaborer des cuvées singulières.

« Nous avons commencé avec deux hectares de vieilles vignes »

Actuellement, le vignoble s’étend sur 9, 5 hectares de la côte des Blancs, sur les communes d’Avize, d’Oger, de Cramant et du Mesnil-sur-Oger, auxquels il convient d’ajouter des parcelles de pinots noirs à Ay et Ambonnay.

« Nous avons commencé avec 2 hectares de vieilles vignes en 1999. Sans désherbant, pesticides et en revenant au labour à cheval. Nous nous sommes sentis à l’aise dans cette démarche », explique le vigneron.

Erick De Sousa n’a pas fait de la biodynamie une religion. Elle s’est imposée à ses yeux, naturellement. « J’ai été le premier à être certifié », souligne-t-il cependant en rappelant au passage les contraintes imposées par son strict cahier des charges. « Nous avons généralement moins de rendements et nous travaillons le sol sans le bousculer. C’est le compost qui nourrit la terre. Pas les engrais. »

Des méthodes qui n’ont guère eu d’influence, en 2015, sur le résultat final en volume. « Nous avons recueilli 11.000 kilos/hectare. L’année a été sèche, ensoleillée, sans orage. L’état sanitaire était parfait, le degré satisfaisant avec des acidités qui ne se sont pas écroulées. » Une vendange exceptionnelle pour toute la Champagne d’ailleurs.

« On parle souvent, à tort, d’acidité. Je préfère le terme de minéralité évoquant la fraîcheur apportée aux vins », précise Erick De Sousa.

Le « formidable » classement au patrimoine de l’Unesco

Un bonheur n’arrivant jamais seul, la Champagne a été classée au patrimoine mondial de l’Unesco en juillet dernier. « C’est formidable ! », se réjouit le vigneron même s’il n’a pas attendu cette reconnaissance pour se mettre dans les clous des exigences de l’Unesco. Voilà bien longtemps qu’il plante des vignes avec des piquets en acacia. Et pas seulement le long de la route touristique du Champagne. « Il y en a aussi à l’intérieur des parcelles…. »

La biodynamie fait partie, selon lui, de cette démarche de valorisation de la Champagne et des champagnes. « Je suis allé peaufiner mes connaissances en Bourgogne. J’y ai appris beaucoup de choses, dont le respect de l’environnement et l’oxygénation des sols. Le fait de passer la charrue ouvre le sol, le vivifie, densifie la vie microbienne dont la plante a besoin. On crée des résistances naturellement. »

Pionnier, Erick De Sousa admet que la Champagne réalise des efforts notables en faveur du développement durable. « Les mentalités sont en train de changer », estime-t-il.

Toujours plus haut vers l’excellence

Ce qui ne l’empêche pas d’avancer, toujours, avec une tranquille assurance. Il élabore de nouvelles cuvées, de plus en plus précises, comme UMAMI, un millésime 2009 extra-brut. « Tout le monde connaît les quatre saveurs : acide, amère, salée et sucrée. Lors d’une dégustation, il faut y ajouter l’umami qui marie la notion de longueur s’exprimant en caudalie, à celles de profondeur, de texture, de minéralité et de sapidité. »

Découverte par Brillat-Savarin et identifiée par les Japonais, la saveur umami est obtenue par l’augmentation de la vie du sol, le développement des mycorhizes, un taux élevé en sucres, la maturité des acides et, au final, la richesse du raisin cueilli à maturité physiologique complète. « L’umami développe la salinité de nos champagnes et laisse une sensation douce et durable. »

Autre nouveauté de la maison avizoise, la cuvée Mycorhize, issue de parcelles travaillées avec un cheval. « Une mycorhize est le résultat de l’association symbiotique entre des champignons et des racines des plantes. Elles vont explorer les sous-sols pour y puiser les nutriments, notamment les oligo-éléments qui s’y trouvent. »

Cette cuvée a été mise en bouteille en juillet 2011. Elle est issue de plusieurs parcelles cultivées en biodynamie depuis 1999 et labourées avec un cheval. « Pour nous, c’est un amusement. Nous nous considérons comme des créateurs grâce à la palette de nos cuvées. Elles contribuent à exprimer la diversité des terroirs champenois et nous permettent de tirer le champagne vers l’excellence. »

 

Jean Batilliet

Jean-Baptiste Duteurtre

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