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Dominique Pierre : « Le champagne doit communiquer sur son identité »

par / 15 avril 2014 Non classé No Comments

Bulles & Millésimes. Le centre vinicole Nicolas Feuillatte que vous dirigez a atteint des records d’expéditions l’an dernier avec 10,4 millions de cols. Pourtant, vous n’avez guère communiqué sur ces bons résultats. Seriez-vous gêné par votre succès dans une Champagne en difficulté ?
Dominique Pierre. L’arrogance n’aurait aucun intérêt. Ces bons résultats sont le fruit du travail des femmes et des hommes du Centre Vinicole et celui de nos coopérateurs. Cette croissance est aussi le fruit de la politique commerciale menée à destination de pays où nous n’étions que trop peu présents. C’est le cas des États-Unis où, depuis deux ans, nous avons retrouvé un volume annuel de 700 000 bouteilles. Nous avons aussi voulu séduire la clientèle du Congo, du Gabon, de Côte d’Ivoire et des pays d’Afrique noire qui n’étaient pas du tout courtisés par le champagne. Il s’agit donc d’une croissance mécanique.

Dans ce contexte, comment analysez-vous les résultats de l’ensemble de la filière champagne en 2013 ?
À l’image du verre à moitié vide ou à moitié plein. Côté négatif, les ventes de champagne sont en baisse constante depuis trois ans. La situation est préoccupante. Ici, au centre vinicole, nous sommes convaincus que la profession n’est pas assez attentive à la vogue du « sparkling » (1). La Champagne est parfois un peu trop persuadée que rien n’affectera le champagne. Or le nouveau consommateur a envie de vins qui le font rêver tout en étant soucieux de ses dépenses. En outre, la qualité de ces vins venus d’ailleurs a progressé. Pour lutter efficacement contre cette émergence, une réelle communication sur le champagne me semble nécessaire. Elle n’existe malheureusement pas aujourd’hui ! Le champagne devient tranquillement un « process » et non plus une appellation. À nous de mettre en avant notre différence par rapport à l’univers des « sparkling ». Le champagne doit rester le vin mythique de l’événementiel et ne pas devenir un vin banal.
Côté positif, dans le contexte économique dépressif de 2013, la Champagne ne s’en sort finalement pas si mal…

Comment envisagez-vous l’année en cours dans cette conjoncture ?
De la même façon. L’environnement économique en France comme en Europe les premiers marchés du champagne, ne s’améliore malheureusement pas. C’est bien pour cela que nous devons aujourd’hui communiquer sur les spécificités et l’identité du champagne. Les jeunes de moins de 30 ans, à qui nous n’avons appris ni les codes de cette appellation ni son côté mythique, découvrent via Internet des produits bien conçus et nettement moins chers. Et d’un simple clic, ils les reçoivent chez eux en 48 heures.
Le succès de la Champagne est celui d’une appellation unique associée à des marques ancestrales qui ont permis son essor à travers le monde. L’univers du champagne ne doit pas se scinder avec des marques d’un côté et une appellation de l’autre. Tout le monde doit tirer dans le même sens, dans l’intérêt du champagne.
Des prosecco dont les ventes s’élèvent aujourd’hui à plus de 300 millions de bouteilles, cela m’interpelle. Des prosecco dont la diffusion en Belgique dépasse celle du champagne, cela m’interpelle. Quand je vois une marque de cava inondant Paris d’affichages 4×3 à la fin de l’année dernière, cela m’interpelle. Il faut éviter un drame pour le champagne et ne pas dresser le même constat que le nôtre, mais trop tardivement.

Il se murmure que vous pourriez quitter vos fonctions en 2015. Qu’en est-il ?
Ne vous fiez pas aux rumeurs. J’ai passé le cap des 60 ans et je peux désormais regarder vers d’autres horizons. Mais mon départ n’est conditionné par aucune date-butoir.

(1)  Sparkling wine : dénomination regroupant tous les vins pétillants hors champagne.

Jean-Baptiste Duteurtre

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