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De légers embruns dans les champagnes de Fleury-la-Rivière

par / 8 septembre 2013 Non classé No Comments

Nichée aux sommets de Fleury-la-Rivière, à quelques kilomètres d’Epernay, « La Cave aux Coquillages » est aujourd’hui une étape prisée des touristes, des passionnés de fossiles et d’émotions sensorielles. Il y a 45 millions d’années, le site était recouvert par la mer. Elle y a laissé des millions de coquillages et un terroir qui donne au champagne de douces notes iodées.

Ce n’est pas un jardin. C’est un endroit extraordinaire ! Lovée sur les hauteurs de la coquette commune de Fleury-la-Rivière, « La Cave aux Coquillages » est un écrin. Nul désordre dans ces méandres souterrains s’ouvrant sur des millions d’années d’histoire. Celle de la terre, de la mer, du cosmos. Patrice Legrand utilise depuis 1997 de petits outils pour découvrir tous les secrets, toutes les surprises, toute la magie de son monde fossilifère. Des galeries taillées au cordeau offrent une image presque onirique de la Champagne… sableuse. Celle des célèbres Campaniles giganteum, de presque 60 centimètres de long, qui ne résistent pas à la curiosité dévorante et au scalpel du vigneron. « Nous avons modifié légèrement le parcours et établi une relation avec le puits du clos de Montorgueil, lance le viticulteur. Il est capital de montrer la succession des couches de fossiles qui donnent au terroir de Fleury-la-Rivière ses caractéristiques si singulières. »

« La Cave aux Coquillages » est ouverte depuis plusieurs années. Elle ne désemplit pas. Les chercheurs, les touristes, les enfants, les journalistes sont de plus en plus nombreux à découvrir ses charmes : ceux de ses souterrains, de ses galeries, de ses petits recoins où le travail de recherche se fait dans le silence. Il y a un côté monacal, un peu décalé dans ce décor qui s’agrandit, s’enrichit, n’en finit pas de nous étonner. « On peut creuser encore 10 mètres, voire plus. Ce travail est inépuisable », jubile Patrice Legrand.

Dans les sables calcaires du Lutétien, il a creusé avec son fils Thibault 250 mètres de galerieoù sont exposés des fossiles appartenant à l’une des plus riches faunes de l’Éocène au monde. Leur conservation exceptionnelle a incité le vigneron à présenter une grande partie d’entre eux encore en place, comme les imposantes coquilles de Campanile giganteum qui peuvent atteindre de 40 à 60 centimètres de long.

Cette « Cave aux Coquillages » est un petit bijou. Elle accueille plus de 4000 visiteurs par an. Des amateurs, lors d’ateliers organisés sur plusieurs jours, mais aussi des paléontologues désireux d’enrichir leurs connaissances sur une faune marine tropicale datant de 45 millions d’années. « J’ai eu très vite l’esprit d’un collectionneur. Dès mon plus jeune âge, je ramassais des cailloux dans les vignes avec mon père. Et à partir de mon adolescence, j’ai commencé une collection de fossiles, principalement des moules internes de coquillages du Lutétien », explique Patrice Legrand.

Il assure lui-même une grande partie des visites. Seules obligations : mettre des chaussons blancs en feutre et prendre une petite laine pour l’accompagner durant une bonne demi-heure. Car la « Cave aux Coquillages » affiche 11°C au maximum. La paix réside dans cet espace presque ouaté où s’enchaînent des niches de gastéropodes, de bivalves, des caphalopodes, des crustacés, des oursins, des coraux et même des restes de vertébrés. De requins notamment. La palette de couleurs est de toute beauté. Les organismes reconstitués ont été réalisés par Thierry Dupin. Il a habilement utilisé de véritables coquilles fossiles et recréé les parties molles disparues avec de la résine.

 

Dégustations pédagogiques

 

Depuis 2012, Patrice Legrand a ouvert ses portes à Geoffrey Orban, titulaire d’un master en œnologie, formateur et spécialiste de l’événementiel autour du champagne. Pédagogue hors pair, il a créé une société, Educavin, qui multiplie les initiatives pour faire de l’œnotourisme par des chemins de traverse. Ses dégustations dans « La Cave aux Coquillages » en font partie. Il part d’un bloc de sable, qu’il fait éclater puis infuser dans de l’eau. Les visiteurs hument. Ils n’avalent pas la potion magique ! Mais ils comprennent très vite, lors de la dégustation qui suit la visite, les correspondances entre le terroir et les vins de Fleury-la-Rivière. Les cuvées des bouteilles de Legrand-Latour libèrent incontestablement des notes iodées. « Surtout quand les arômes marins ne sont pas masqués par le dosage, dit Geoffrey Orban. Ils sont l’expression de l’iode emprisonnée depuis 45 millions d’années dans le sol », explique l’homme de l’art.

Patrice Legrand a mis en avant les spécificités de ses champagnes sur les contre-étiquettes. Elles mentionnent les caractères ambrés de ses cuvées, en particulier sur l’extra brut. « Le sable apporte au vin une longueur aérienne et de la finesse. Ces champagnes sont parfaits à l’apéritif, sur des huîtres fines claires, un petit carpaccio de Saint-Jacques, une salade de pétoncle ou un petit fromage de chèvre », commente Geoffrey Orban.

 

Jean Batilliet

 

Pour plus de renseignements : www.lacaveauxcoquillages.fr, www.champagne-legrand-latour.fr et www.educavin.com

Légende photo : Patrice Legrand a fait réaliser une contre-étiquette qui mentionne le caractère iodé de ses champagnes.

Légende photo : Geoffrey Orban, formateur, démontre les correspondances sensorielles entre le terroir et le vin d’une manière ludique.

 

+ les photos de Carine Charlier

Jean Batillet

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