Google+

BHL : « Le Champagne est une merveille de la nature »

par / 1 novembre 2013 Non classé No Comments

On en parleArticle(s) connexe(s)

Bulles & Millésimes : Votre dernière coupe ?
Bernard Henri-Levy : A Saint-Paul-de-Vence il y a quatre ans, lors d’un réveillon un peu fou à la Colombe d’or. Nous étions avec des amis, ainsi qu’avec ma fille Justine et son compagnon Patrick Mille. Par jeu, nous nous sommes mis à boire cul sec des coupes de champagne, debout sur les tables. Les autres convives, dont je tairai l’identité, ont déclaré forfait à la deuxième bouteille. Patrick Mille a tenu plus longtemps. Et moi, je dois à l’honnêteté de dire qu’il m’est revenu de brandir, tel un trophée, la dernière coupe…

Sans être saoul ?
Forcément, oui, un peu. Mais j’ai cette bizarrerie physiologique de pouvoir boire beaucoup (et même, parfois, plus que beaucoup) sans que mon ébriété se voie. C’est comme ça que, voici quarante ans, j’ai pu faire un début de campagne électorale. C’était une circonscription de Normandie. Je me présentais à la députation sous les couleurs du Parti Socialiste. Et c’était l’époque où, dans ce genre de département, on faisait moins sa réputation en citant Marx qu’en tenant l’alcool. Alors, chaque week-end, je faisais, avec les gens du village, le soir venu, un « boulevard du Calva » qui était le clou de ma journée électorale. Il s’agissait de disposer, sur une longue table, dans des petits verres, un litre et demi de Calvados. On partait chacun d’un bout de la table. Et le jeu consistait à arriver le premier, mais debout et entier, au milieu de la table. Eh bien je gagnais presque toujours. On venait, du bout du département, jouer à mon jeu idiot, et je gagnais encore. Les sondages montaient. Le PS était content. Jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que j’étais trop jeune pour être éligible et qu’il était trop tard pour demander une dispense. Alors, j’ai tristement plié bagages. Et un candidat sérieux m’a remplacé, profitant de mon capital Calva !

Votre toute première coupe ?
Sans doute en 1971, le jour où, sortant de l’École normale supérieure, j’ai été reçu à l’agrégation de philosophie.

Qu’évoque pour vous le champagne ? Des occasions festives ? D’heureuses circonstances ?
Je n’en bois plus guère. Pour la raison que je vous ai dite : quand je le fais, je n’ai pas de limite – donc je m’abstiens. Mais enfin, quand cela m’arrive, il n’y a pas telle ou telle circonstance. J’ai toujours adoré ce vin. La circonstance importe peu.

Au point de boire du champagne sans y penser ?
Je fais à peu près tout en y pensant. Mais pas forcément sous le régime de la « circonstance ».

Plutôt brut, millésimé, rosé ?
Pas de vraie doctrine. Jeune homme, j’étais surtout pour le champagne que l’on m’offrait ! Aujourd’hui, j’aime le bon champagne.

Jusqu’où auriez-vous pu aller pour une coupe de champagne ?
Pas très loin, car je la remplaçais très vite par un verre de vodka. J’aimais bien la vodka, aussi.

Des glaçons dans le champagne ?
Hérésie !

S’il vous fallait choisir entre Cheval Blanc et Dom Pérignon ?
Plutôt Dom Pérignon. Mais c’est à cause du Père Pérignon que je tiens pour l’inventeur, ou l’un des inventeurs, quoiqu’avant la lettre, de l’œnologie moderne.

Amélie Nothomb parle du champagne comme d’une œuvre d’art. Et vous ?
Ce n’est pas une œuvre d’art mais une merveille de la nature. Et de la collaboration entre cette nature et l’artisanat des hommes. Regardez, encore, le père Pérignon. La science qu’il avait du mélange. Sa science des saveurs exquises.

Orson Welles disait : « Il y a trois choses dans la vie que je ne supporte pas : le café brûlant, le champagne tiède et les femmes froides. » Qu’en pensez-vous ?
Je ne bois pas de café. Le champagne tiède, c’est, en effet, dégueulasse. Quant aux femmes froides, bien présomptueux celui qui prétendra n’en avoir jamais rencontré ! Baudelaire, cela dit, ne les détestait pas.

Entretien Franck Leclerc

Franck Leclerc

Laisser un commentaire

Email (ne sera pas publié)